Tribune

Journal La Tribune de Genève du 22 mars 2013


Un nouveau projet de maison de santé à Sembrancher

Le Valais, comme d’autres cantons, passe à l’action pour contrer la pénurie de médecins de premier recours

«C’est une menace grave.» Alain Pécoud, professeur honoraire à l’Université de Lausanne, pose un diagnostic sans équivoque sur la médecine de premier recours en Valais, qu’il a auscultée à la tête d’une commission d’experts. Plus de la moitié des généralistes installés ont plus de 55 ans. Dans les vallées latérales et dans le Chablais,  la pénurie se fait plus forte au fil des départs à la retraite. Une situation que connaissent de nombreuses régions périphériques, à l’ins tar du Jura et des Grisons.
Comment agir? Dans le Jura, le ministre de la Santé, Michel Thentz,  a contacté tous les étudiants jurassiens en médecine pour évoquer la possibilité d’une installation dans leur canton. A Sion, son homolo gue  Maurice Tornay prend lui aussi le taureau par les cornes. Car les efforts des facultés suisses – l’Université  de Lausanne a annoncé vouloir former deux fois plus de médecins – ne suffiront pas, affirme-t-il. Les propositions de la commission du professeur Pécoud,  présentées hier à Sion, lui donnent cependant quelque espoir.

Cabinets de groupe

Ce printemps, les experts rencontreront tous les médecins de famille des vallées latérales et du Chablais valaisan. Le but: évaluer leur intérêt à travailler dans des cabinets de groupe ou des maisons de santé pluridisciplinaires (médecine générale, pédiatrie, physiothérapie, pharmacie, etc.). Ensuite, les communes seront sol licitées pour participer aux éventuels investissements. Maurice Tornay cite l’exemple d’Entremont, où un tel projet est déjà à l’étude. A Champéry, la Commune n’a pas hésité à engager 200 000 francs pour favoriser le retour d’un généraliste. «Une aide initiale de la part de l’Etat n’est pas exclue dans les futurs projets», précise le patron de la Santé valaisanne.
Cette évolution correspond aux aspirations des jeunes médecins, si l’on en croit une étude de 2011 de la Haute Ecole des sciences appliquées de Saint-Gall: trois quarts d’entre eux souhaitent pratiquer leur métier à plusieurs. «Le cabinet médical en solo est mort», confirme Alain Pécoud. Pour lui, le regroupement offre tous les avantages. Pour le médecin d’abord: économies liées au partage des coûts d’infrastructures, réduction de la charge administrative, possibilité de travail à temps partiel et augmentation de la qualité de vie. Mais aussi pour le patient, puisqu’un travail groupe garantit une médecine plus efficiente.
Reste à convaincre ces jeunes praticiens de s’établir en Valais. Maurice Tornay compte sur le Cursus romand de médecine générale, une formation complémentaire créée en 2010. En Valais, l’Etat soutient ainsi financièrement les stages d’une quarantaine d’assistants.

Vers un partage des tâches

Deuxième axe suggéré par les experts: déléguer certaines tâches de premier recours à d’autres acteurs  de la santé, comme les pharmaciens, les infirmiers et les physiothérapeutes. Ce qui déchargerait les médecins de famille débordés. «C’est un travail de plus longue haleine, admet le professeur Pécoud.  Cela implique des changements législatifs, puisque aujourd’hui seul un médecin peut prescrire un médicament. De nombreuses réticences devront être surmontées, dans le milieu médical surtout. Mais c’est possible. Plusieurs pays connaissent déjà des systèmes similaires.» La commission va donc organiser des rencontres interprofessionnelles dans le canton, afin de créer «un climat de confiance».

Patrick Monay Sion