Tribune

Journal La Tribune de Genève du Jeudi, 21 janvier 2010


Une recherche genevoise confirme les bienfaits de la méthode d’éducation musicale de Jaques-Dalcroze sur les jambes – et la tête – des personnes âgées.

ANNE-MURIEL BROUET

La rythmique, c’est bénéfique. Et à tout âge! Chez les plus de 65 ans, une séance de rythmique hebdomadaire permet de réduire de 50% le risque de chute. En effet, la rythmique améliore l’équilibre et permet un pas plus rapide et plus régulier, réduisant de ce fait le risque de perte d’équilibre. Mieux, la pratique de la rythmique, et précisément celle du Genevois Jaques-Dalcroze, réduit aussi l’anxiété, améliore certaines fonctions cérébrales et entretient ou développe les relations sociales. Tels sont les résultats «impressionnants» de l’étude, présentée hier, menée par le Département de réhabilitation et de gériatrie des HUG et l’Institut Jaques-Dalcroze.
Des médecins avaient déjà constaté empiriquement que quarante ans de pratique de la rythmique Jaques-Dalcroze permettaient aux plus de 65 ans de garder le pas de leurs 20 ans. Restait à le prouver.
L’étude a duré deux ans. Elle a impliqué 134 personnes de plus 65 ans, vivant à domicile et d’une moyenne d’âge de 76 ans, dont 96% de femmes. Tous étaient à risque, c’est-à-dire qu’ils avaient déjà fait une chute ou souffraient d’un trouble de l’équilibre.
Un «cahier de chutes»
Durant six mois, la moitié du groupe a suivi un cours d’une heure hebdomadaire de rythmique Jaques-Dalcroze à la maison de retraite du Petit-Saconnex, un des partenaires de l’étude. L’autre partie, le «groupe de contrôle», n’a pas fait d’exercice. Scrupuleusement, tous les participants ont rempli au quotidien leurs «cahiers de chutes».
Après six mois de rythmique, les chiffres parlaient d’eux-mêmes: 24 chutes dans le groupe qui a pratiqué la rythmique, 54 dans l’autre. «Le résultat est d’autant plus spectaculaire, insiste le docteur Trombetti, responsable du projet aux HUG, que l’exercice physique seul ne diminue que de 15% le risque de chute.» D’autant plus que les programmes d’exercice physique recueillent très peu d’intérêt de la part des seniors, tandis que la rythmique a suscité une réelle adhésion des participants.
Du reste, pour ne pas priver la moitié des «cobayes» des bénéfices de la rythmique, le groupe de contrôle a eu droit aussi à 6 mois de rythmique.
Nouvelle étude
Les chercheurs ne comptent pas en rester là. Dès hier, une nouvelle étude a démarré pour mesurer les effets de la rythmique sur des personnes âgées plus fragiles, celles souffrant de la maladie d’Alzheimer. Elle est toujours menée par les HUG et l’Institut Jaques-Dalcroze, auxquels s’est associée l’Association Alzheimer Genève.
De son côté, l’Institut Jaques-Dalcroze, qui fêtera ses 100 ans en 2015, va encore développer son offre de cours pour seniors, offre qui existe déjà en dehors de cette étude scientifique. Une formation post-grade dans la rythmique des seniors a également été mise en place.